nohant

Du bonheur d’être touché et surpris

En ouverture de sa 52e édition, le Festival est entré dans le vif du sujet à l’occasion d’une causerie-rencontre avec Thierry Geffrotin, écrivain et chef du service culture d’Europe 1, sur le thème « Couperin, Chopin, Debussy, le toucher délicat en partage ». Thierry Geffrotin – qui partage lui-même à l’antenne chaque dimanche sa passion pour la musique classique – a recherché les liens qui unissent ces trois grands génies. Chacun d’eux s’est en effet exprimé sur l’art du clavier.

Couperin affirme ainsi : « J’aime beaucoup mieux ce qui me touche que ce qui me surprend » et aussi très fermement : « Mes pièces doivent être exécutées comme je les ai marquées ». Chopin surenchérit : « Il faut faire oublier que le piano a des marteaux » ou encore à l’un de ses élèves : « Jouez cette note, qu’elle n’aboie pas ! ». Quant à Debussy, plus radical encore : « Les 5 doigts des virtuoses, quelle plaie ! ». Bref, ces trois génies à l’éducation et à l’inspiration aux antipodes se rejoignaient dans un impératif absolu : le touché délicat du clavier qui seul peut faire « chanter » l’instrument.
Samedi soir, agitation au Festival : pas de Chopin cette année pour la soirée d’ouverture ! Hérésie ! Sacrilège ! Allez chercher le Président ! Certains regards se tournent vers Yves Henry et Jean-Yves Clément, non seulement responsables mais cette fois-ci coupables de la programmation. Mais voilà ! Au premier coup d’archet de Shlomo Mintz, la contestation fait place à la béatitude. Avec une complicité parfaite, le violoniste, en duo avec Itamar Golan au piano, délivre un récital de sonates peu données en concert : celle en fa majeur (MWVQ26) de Mendelssohn d’une très grande beauté puis l’exaltante Sonate en sol mineur de Debussy et la Sonate n° 3 de Brahms au sublime adagio. En conclusion, une « création française » composée et interprétée par Mintz en personne, sous la forme de Quatre hommages dont le dernier à Paganini, chaleureusement applaudie par le public. Et comme si tout cela ne suffisait pas, en bis, Tzigane de Ravel… générosité des grands artistes.

Autre duo le dimanche matin lors du tremplin-découverte qui réunit chaque dimanche de juin un public curieux de découvrir et soutenir de jeunes artistes : le violoncelliste biélorusse Ivan Karizna et la pianiste belge Eliane Reyes dans un programme ambitieux : Polonaise pour violoncelle et piano de Chopin (enfin !) puis Cinq pièces pour violoncelle et piano de Schumann dont une berceuse magnifiée par le jeu du violoncelliste, et la Sonate en sol mineur de Rachmaninov scandaleusement peu connue. Ravissement du public et de la pianiste agréablement surprise par l’alchimie unique qui se dégage des lieux.

Nohant ne serait pas Nohant sans un grand récital de piano. C’est au pianiste mais aussi poète, Andreï Korobeinikov qu’est revenu l’honneur d’ouvrir le ban. Après un Rondo de Mozart, il a entraîné l’auditoire dans une expérience quasi métaphysique avec la Sonate n° 32 en ut mineur de Beethoven durant laquelle le temps s’est suspendu aux doigts de l’artiste. Pour terminer, l’un des chefs-d’œuvre absolus de Chopin composés à Nohant : la Ballade n°4 que chacun connaît mais qu’on n’aura peut-être jamais vraiment entendue avant l’interprétation de ce pianiste au toucher « miraculeux ».

Cachés dans les cimaises de l’auditorium, Couperin, Chopin et Debussy devaient être aux anges.
A suivre…

 

(En photo, Yves Henry, Sylviane Plantelin et Jean-Yves Clément qui ont dédié cette 52e édition à trois personnalités proches du Festival  qui nous ont quittés récemment : le technicien piano Jean-Louis Nouvel, l’écrivain Gonzague Saint-Bris et Christiane Sand.)