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Des questions sans réponses

La nature est-elle romantique ? Gilles Clément le célèbre paysagiste, nous prévient ! Il n’a pas la réponse à la question-boutade de Jean-Yves Clément mais en revanche beaucoup à nous dire sur l’état de notre « jardin planétaire ». Si « la nature est un espace de haute sensibilité, de rêve et de sensualité »,  c’est surtout « le lieu d’un continuel brassage où minéraux, plantes et gens ne cessent de bouger ». A l’échelle du Temps, nous voilà tous nomades. Mais attention : « le jardin est enclos donc petit et fragile ». Il faut faire avec la nature et non contre, accepter une partie de désordre, le « tiers paysage » comme le nomme Gilles Clément qui enseigne à ses élèves  les principes suivants : « Le jardinier doit laisser faire » et « Si nous ne faisons rien, nous sommes utiles à tous », un adage à méditer bien au-delà du jardinage.

Romantisme et nomadisme, sans aucun doute aussi, lors du concert du soir donné par trois représentants de l’excellence française : le violoncelliste Marc Coppey, le violoniste Nicolas Dautricourt et Vincent Larderet au piano. De la mélancolie du Trio élégiaque n° 1 de Rachmaninov au sublime Trio n° 1 en si majeur de Brahms, l’âme du public a voyagé sur les sommets du romantisme. Avec deux escales musicales pour accueillir sur scène un nouveau passager : Yves Henry qui a donné au piano la réplique à Marc Coppey dans la Sonate de Debussy puis à Nicolas Dautricourt dans de Falla d’autres pièces dont le Cantabile de Paganini. Belle nuit de juin poétique, amicale et chaleureuse !

Romantisme plus rebelle et plus sombre le dimanche matin avec deux Nocturnes de Chopin (op 62 n°1 et 2), composés par l’artiste en 1846 avant de quitter – définitivement – Nohant, et la Sonate de Liszt en si mineur, une œuvre magistrale d’une grande difficulté d’interprétation. Pendant une demi-heure, le public a été tenu en haleine par le combat à l’issue incertaine des forces tempétueuses du bien et du mal qui se sont affrontées sous les doigts de Nathanaël Gouin, un jeune pianiste et surtout très talentueux musicien.

De l’excellence encore, lors du concert du dimanche après-midi avec un des « coups de cœur » du Festival, le pianiste Alexandre Kantorow.  Venu l’an passé à Nohant pour un tremplin-découverte et de retour cette année en récital, il a apporté dans ses bagages, la Sonate n°1 de Rachmaninov, la Sonate n°2 de Beethoven, la Fantaisie en fa mineur de Chopin et la Danse macabre de Saint-Saëns. En toute simplicité, avec une virtuosité sans faille et utilisée à bon escient, ce jeune prodige a littéralement réenchanté le public de Nohant. Bref, on l’aime ! Voilà une certitude.

(en photo de gauche à droite : Vincent Larderet, Nicolas Dautricourt, Yves Henry, Jean-Yves Clément, Marc Coppey sur la pelouse de Nohant)